Centro de Documentación e Investigación de la Cultura de Izquierdas en Argentina
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   » Materiaux pour l'histoire de notre temps - Junio de 1999
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Un nouveau centre de documentation
sur I'histoire sociale en Argentine; le CEDINCI

Por Bruno Groppo
Le 3 avril 1998 a été inauguré à Buenos Aires un nouveau centre de documentation sur I'histoire sociale et politique argentine: le CEDINCI (Centro de Documentación a investigación de la Cultura de Izquierdas en la Argentina). A I'origine de cette initiative se trouve I'historien Horacio Tarcus, de I'Université de Buenos Aires, qui avait commencé à collecter déjà à I'époque de la dernière dictature militaire (1976-1983) toute une série de documents et d'archives de militants syndicaux et politiques qui risquaient d'être détruits. II faut rappeler que pendant la dernière dictature ont disparu non seulement des milliers de personnes (et avec elles toute une partie de la mémoire historique du mouvement ouvrier et d'autres mouvements sociaux), mais aussi une partie considérable de documents et d'archives, tant personnels que de différentes organisations politiques et syndicales : aux destructions imputables directement aux forces de répression s'ajoutaient celles dues aux personnes qui, se sentant menacées, préféraient se débarrasser elles-mêmes des livres, revues et autres documents pouvant être jugés compromettants. Si la disparition de personnes a été une effrayante nouveauté introduite par la dernière dictature, les dictatures précédentes avaient eu des effets analogues pour ce qui concerne la disparition de documents et d'archives. Ainsi la documentation dont on dispose aujourd'hui sur I'histoire sociale de ('Argentine présente de graves lacunes, d'autant plus que les archives et les bibliothèques publiques se trouvent le plus souvent dans un état lamentable. Cela explique I'intérêt de ('initiative d'Horacio Tarcus et de ses collaborateurs, parmi lesquels les historiens Roberto Pittaluga et Jorge Cernadas, qui ont voulu préserver et mettre á la disposition du public et des chercheurs une quantit6 de documents qui constituent une partie de la mémoire historique du pays et plus spécifiquement des classes subalternes. II importe de signaler que ('initiative ne bénéficie d'aucun soutien financier public et qu'elle fonctionne exclusivement grâce aux contributions volontaires des membres de ('association (du type « loi de 1901 ») et au travail b6névole de certains d'entre eux.

Le fonds documentaire du CECINCI couvre chronologiquement une grande partie du XXe siècle (jusqu'aux années 1970) et comprend des livres (2 000), un millier de brochures, des collections de revues (400 revues politico-culturelles argentines, 300 revues politiques argentines, 450 périodiques argentins, 200 revues politico-culturelles étrangères), 40 caisses d'archives, des affiches, des photos, des microfilms (parmi lesquels ceux des archives du Sindicato de Trabajadores de Fiat Concord de Cordoba, offerts au CEDINCI par la fondation Pedro Milesi) et des enregistrements d'interviews et de témoignages. Une partie de ces collections n'étaient disponibles auparavant que dans quelques bibliothèques étrangères ; d'autres (comme La Internacional, La Chispa, La Correspondencia Sudamericana, El Trabajador Latino-Americano) sont uniques. Ces documents sont mis gratuitement á la disposition du public et des chercheurs deux après-midi par semaine au siège du CEDINCI, une petite maison de ville louée par I'association et qui comprend une salle de lecture, une salle de bibliothèque, une salle où travaillent les responsables du Centre et une salle de réunion. Cette dernière accueille des séminaires et des cycles de conférences-débats organises par le Centre. L'un des projets du CEDINCI est de constituer un important fonds d'archives d'histoire orale. L'ensemble des documents déposés au CEDINCI est en cours de catalogation grâce aux collaborateurs bénévoles du Centre, tous des historiens. Le fonds documentaire continue de s'accroître, principalement grâce aux dons ou aux échanges, puisque le Centre ne dispose pratiquement pas de fonds pour payer de nouvelles acquisitions.

Le CEDINCI remplit, de toute évidence, une lacune et joue un rôle appréciable en préservant et en mettant á la disposition du public une documentation importante, qui risquait d'être perdue. Si ses principaux collaborateurs viennent, politiquement, de différentes sensibilités de la gauche argentine, le Centre lui-même n'a pas de caractère partisan et est accessible A tous ceux qui souhaitent consulter ses documents.

On peut se demander si le CEDINCI pourra continuer á fonctionner exclusivement grâce aux contributions et au travail bénévole des membres de I'association. II est évident, par exemple, qu'au fur et a mesure de I'accroissement du fonds documentaire, les locaux, déjà exigus, deviendront insuffisants. Avant visité le Centre et discuté avec ses responsables, je suis convaincu qu'une aide publique lui serait indispensable, d'autant plus qu'il remplit une fonction - la préservation d'archives - d'intérêt public : qu'il puisse I'obtenir, rien n'est moins sûr, compte tenu du peu d'attention que les pouvoirs publics en Argentine accordent actuellement à ce type de problèmes.