» Revista Courier International - Enero 2001

Amériques: ARGENTINE

Le sanctuaire des anciennes revues de toutes les gauches

On y trouve, entre autres, les premières revues trotskistes, gramscistes, ainsi que Les Temps modernes.

Sergio Kiernan - Página 12 (extraits)
Tout a commence il y a quelques années, lorsque I'historien et enseignant Horacio Tarcus, aujourd'hui directeur du Centre argentin de documentation et de recherche sur la culture des gauches, s'est rendu compte que see archives atteignaient littéralement le plafond. "Impossible de rentrer chez moi, je ne pouvais rien empiler de plus." Ses travaux, associés A sa passion pour lee vieux papiers, f avaient amen& á réunir un catalogue gigantesque de documents sur la vie politique argentine depuis les années 50. Au même moment apparurent, heureuse coïncidence, d'autres archives «parfaitement complémentaires». II s'agissait de la collection d'un vieux militant, José Paniale, qui avait traverse le spectre entier de la gauche et agi comme un véritable bibliothécaire.

José Paniale s'était distingué surtout par son oecuménisme. Jusqu'aux années 50, il avait tout acheté, tout lu et tout gardé sur l'anarchisme, le communisme, le socialisme, le trotskisme, et toutes les nuances de la gauche, le péronisme, l'antipéronisme et le nationalisme. Après de longues recherches, ses archives avaient été retrouvées, curieusement, chez un chef d'entreprise qui les conservait depuis 1976, date á laquelle Paniale, effrayé par le coup d'Etat militaire, les lui avait confiées.

Leur nouveau gardien savait bien que les universités étrangères seraient prêtes á payer grassement ces caisses de documents. Il en demandait donc 10.000 dollars, montant tout simplement inenvisageable pour HoracioTarcus et ses collègues, un groupe compose essentiellement d'enseignants argentine. Ainsi est née l'idée dune collecte parmi tons ceux ayant "un intérêt quelconque vis-à-vis de ces papiers" et souhaitant que les archives de Paniale ne connaissent pas le même sort que les mei0eures collections de documents sur la vie politique argentine, consultables aujourd'hui á Paris, á Amsterdam ou á Washington. Ce n'était pas tant une question de nationalisme que d'accès á ces informations : celui qui vent étudier l'anarchisme argentin, par exemple, doit pouvoir se payer un séjour aux Pays‑Bas, où sons conserves les documents de ce mouvement.

La collecte a réuni 15 000 dollars. Après un long marchandage, les archives furent acquises pour 7 000 dollars, et le reste permit la création, en 1998, du Centre argentin de documentation et de recherche sur la culture des gauches. Depuis, les collections n'ont cessé de s'enrichir. Le patrimoine, qui n'a pas encore été intégralement catalogue á cause d'un manque de fonds, compte entre 12 000 et 15 000 livres, 950 collections de publications politiques, 800 collections de publications culturelles et une quantité difficile á déterminer de documents de diverse nature.

Sur les rayonnages qui font déjà plier les planchers se nichent des pièces de théâtre anarchistes et socialistes, des revues de poésie, de philosophie et d'art, une collection remarquable de livres sur l'URSS, probablement la plus importante du pays, et des milliers de revues partisanes. Parmi ces joyaux, les premières publications communistes argentines, La International, Bandera Roja, Spartacus, Argentina Libre, et la revue dissidente des années 20 La Chispa. On y trouve également les routes premières revues trotskistes des années 30 : Lucha Obrera, Initial, El Militante, Frente Obrero, et des pièces races comme Tune des deux seules collections complètes dans le monde (l'autre est en Italie) de Correspondencia Sudamericana, l'organe du Bureau Latino-américain de l'internationale communiste des années 20.

Les spécialistes d'Antonio Gramsci y feuilletteront les collections de Pasado y Presente l'italienne et l'argentine), de Il Manifesto et de Crítica Marxista. Les nombreux passionnés des années 50 et 60 se délecteront avec Les Temps modernes de (époque, édités par Jean Paul Sartre. Les publications antifascistes se distinguent également le centre recèle des revues argentines, beaucoup de revues européennes, ainsi que celles qui furent éditées ici dans des langues étrangères comme La Francia Libre et La Voz de Italie. Dans les sections noms connues des périodiques, on trouve des écrits argentins, espagnols et mexicains sur la guerre civile espagnole, dont une borne partie des journaux partisans des deux camps et une série rarissime de publications du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM), rendu célèbre par George Orwell.